Vendredi 26 février 2016. Ce matin-là, le ciel est aussi dégagé sur St-N… que je suis très détendue. Cette journée s’annonce rayonnante. Comme l’une des plus belles de ma vie. B….. mon mari et M… notre fils partagent déjà mon bonheur. Dans quelques minutes, dans une ou deux heures tout au plus, je dois donner la vie, donner un petit frère à M…, son aîné de neuf ans.

Aléas du destin, de la santé, l’arrivée de ce numéro deux, je l’ai parfois redoutée, longtemps espérée. Mais depuis deux ans, M…. nous le réclame avec tant d’insistance que l’amour qui m’unit à B…. a balayé l’impossible, les avis médicaux…

À quarante ans, je suis enceinte. Et ce matin, à la maternité, je vais accoucher de L…. Deux ou trois palpations, une image à l’écran, un contre-examen approfondi… Soudain, en un regard, un mot de la gynécologue, je sombre dans l’horreur, l’impensable, l’inimaginable.

Mon existence bascule. Se vide. Ce 26 février sera le plus mauvais jour de ma vie. Mon ventre arrondi par neuf mois de grossesse est un tombeau. L…. est mort in utéro. Une césarienne et c’est un bébé à jamais privé de la vie que je serre dans mes bras avec la tendresse d’une maman, mais d’une maman effondrée.

Larmes, incompréhension, révolte, dégoût de soi sentiment d’injustice… Les heures et semaines suivantes sont terribles. Mais quelles auraient-elles été sans B…, M…., le personnel médical, G… mon frère aîné, les amis ? Immédiatement, il faut faire face aux questions qui me taraudent – comment, pourquoi ? – comme aux démarches administratives et choix d’ordre éthique : les obsèques, l’autopsie…

Très vite, j’ai ressenti la nécessité de raconter. De tout coucher sur le papier depuis le début : la longue attente, le drame, l’après… De la vie à la mort “in utéro”. De la conception à la mort dans l’utérus.

Une thérapie pour accepter l’inacceptable ? Pas uniquement… J’ai eu aussi envie de témoigner dans des groupes de travail et de parole sur ce à quoi aucune mère n’est préparée. La courte histoire de L…. m’a montré le chemin.